Le travail du Modèle…….
Le Portrait…
[...]le projet documentaire tendrait en quelque sorte à opérer une nouvelle répartition du travail entre le photographe et son objet, un transfert partiel de responsabilité de l’un à l’autre quant à la constitution de l’image , ce que Berenice Abbott formule ainsi : « dans la photographie documentaire, le sujet de l’image contrôle dans une large mesure la photographie. » [...].
[...] c’est le modèle qui, concrètement et consciemment , fait l’image. Certes, le photographe conserve une marge de manœuvre : il choisit le fond et le cadrage, discute la position d’un modèle hésitant, voire les objets inclus. Pourtant, ce dispositif général étant établi, il laisse au portraituré le soin de s’y inscrire, de peaufiner sa pose, de composer comme il l’entend sa propre image. Le portrait tend à devenir une sorte d’auto-portrait assisté, le produit d’un travail conscient d’auto-mise en scène. [...].
[...] La pose frontale, seule image de soi que, par l’habitude du miroir, un sujet maitrise vraiment, constitue par elle-même une forme d’invite au modèle pour que celui-ci prenne en main son portrait, le gage en tout cas qu’il ne lui échappe pas. [...].
[...] la vue frontale, à l’inverse, insiste sur le travail de représentation du modèle : elle ne révèle guère d’autres pensées que celles qui naissent de la confrontation avec l’appareil – la concentration, les craintes et les ambitions du sujet quant à son image. Avec elle, c’est non seulement le photographe qui parait présenter le modèle, mais ce dernier qui semble se présenter à lui – retournement qui définit tout le « style documentaire ». [...].
[...] « S’agit-il de portraits, les gens remplissent l’espace avec assurance, ils y mettent toutes leur personnalité [...] . On y voit des personnalités se former. Les gens qui se font photographier le savent et s’y préparent », « on avait le courage de mobiliser toute sa personne [...] . L’homme se donnait tout entier. » C’est particulièrement au portrait en pied que l’auteur associe cette possibilité d’investissement complet de la personne [...].
[...] Non seulement la pose dit plus que ce qui pourrait être dit avec un sujet non conscient de l’appareil, mais le modèle gagne en dignité quand il lui est permis de se défendre contre l’objectif. [...] Elle [Mme Burroughs] refuse d’être un objet – tout dans l’image proclame qu’elle est pur sujet. [...] Olivier Lugon.
[...] « ceux qui posent pour le photographe savent qu’ils seront vus par un nombre indéterminés d’inconnus : le grand public » [...] « une famille forme un auditoire attentif, soudé et restreint; même ses voisins, s’ils n’en connaissent pas tous les dessous, sont plus au moins au courant de son histoire. Le grand public, lui, c’est une foule d’étrangers à durée d’attention limitée. » [...] Max Kozloff.